Des cris dans la nuit, des fenêtres brisées dans la fumée et des adolescentes contraintes de sauter du haut d’un bâtiment pour tenter d’échapper aux flammes : le centre-ouest du Kenya a été frappé par une nouvelle tragédie scolaire après l’incendie meurtrier survenu dans un lycée de filles de la ville de Gilgil.
Selon Reuters, le sinistre s’est déclaré peu après minuit dans un dortoir de l’établissement Utumishi Girls’ Academy, situé dans la vallée du Rift. Les flammes ont continué à se propager pendant plus de deux heures avant d’être maîtrisées, a indiqué le ministre kényan de l’Éducation, Julius Migos.
Toujours d’après Reuters, les autorités ont confirmé la mort d’au moins 16 élèves tandis que 79 autres ont été blessées dans l’incendie.
Les pensionnaires de cet internat sont âgées de 15 à 18 ans. Parmi les blessées, 71 avaient déjà quitté les structures sanitaires jeudi, selon les précisions fournies par le gouvernement kényan à Reuters.
« L’enquête est en cours, mais la cause de l’incendie n’est pas encore identifiée », a déclaré Julius Migos.
Des survivantes évoquent un feu parti d’un matelas
Alors que les autorités appellent à la prudence, plusieurs témoignages recueillis sur place orientent les premières investigations vers un possible départ de feu volontaire.
Reuters rapporte qu’un secouriste ayant requis l’anonymat a affirmé que plusieurs survivantes avaient raconté qu’une élève aurait mis le feu à un matelas à l’aide d’une allumette. Les motivations de cet acte supposé restent inconnues à ce stade.
Le ministre de l’Intérieur, Kipchumba Murkomen, a pour sa part exhorté la population à ne pas spéculer publiquement sur les circonstances exactes du drame avant les conclusions officielles de l’enquête.
Des élèves piégées à l’étage du bâtiment
Selon les premiers témoignages relayés par Reuters, certaines pensionnaires se seraient retrouvées bloquées au deuxième étage du dortoir, où l’incendie aurait débuté.
Le premier secouriste arrivé sur place a indiqué que les portes de cet étage étaient verrouillées lorsque les flammes se sont propagées. Plusieurs adolescentes auraient alors tenté de fuir en sautant depuis les fenêtres ou les balcons.
Au lendemain du drame, des traces de fumée recouvraient encore les murs du pensionnat tandis que plusieurs vitres avaient été soufflées par la chaleur.
Devant l’établissement, des centaines de proches se sont rassemblés dans l’attente d’informations sur leurs enfants. Des élèves blessées, certaines avec des bandages et d’autres soutenues par des policiers, étaient visibles aux abords de l’école.
Habitante du quartier, Wambui Nderitu a raconté avoir accouru vers l’établissement aux environs de 4 heures du matin pour retrouver la fille de sa tante.
« Heureusement, j'ai retrouvé son enfant, mais elle était légèrement blessée. Elle m'a dit qu'elle se trouvait dans un dortoir du rez-de-chaussée, c'est comme ça qu'elle a pu s'échapper », a-t-elle déclaré à la chaîne locale Asulab TV. « Beaucoup de ceux qui étaient à l'étage ont sauté du balcon. »
Une autre riveraine, Leah Wanjiru, a décrit une scène de panique généralisée.
« J'ai entendu des enfants crier… alors je suis sortie pour voir et j'ai vu que l'école était en feu… Nous avons commencé à aller chercher de l'eau, à essayer d'éteindre l'incendie et à secourir les gens », a-t-elle confié à Asulab TV.
Une longue série d’incendies dans les écoles kényanes
Reuters rappelle que les incendies dans les établissements scolaires restent fréquents au Kenya. Les autorités kényanes ont recensé plus d’une centaine de cas depuis le début de l’année 2024.
Selon plusieurs chercheurs cités par l’agence de presse, certains de ces incendies sont liés à des mouvements de protestation d’élèves dénonçant la rigueur disciplinaire ou les mauvaises conditions de vie dans les internats.
Le pays garde également le souvenir de plusieurs catastrophes majeures survenues ces dernières années.
En 2024, un incendie dans un pensionnat primaire du comté voisin de Nyeri avait causé la mort de 21 élèves. Les causes exactes de cet incident n’ont jamais été clairement établies.
Plus tôt encore, en 2001, 67 élèves avaient péri dans l’incendie du lycée de Kyanguli, près de Nairobi. Les autorités avaient alors conclu à un acte criminel, selon Reuters.

