L’ancien fugitif Félicien Kabuga, dont le procès avait été suspendu en raison d’un état de santé fortement dégradé, est décédé dans un hôpital néerlandais. Selon Reuters, le Mécanisme résiduel des tribunaux pénaux des Nations unies (UNIRMCT) a annoncé sa mort alors qu’il se trouvait toujours sous détention onusienne. Les autorités locales ont ouvert les procédures d’enquête habituelles afin d’établir les circonstances exactes du décès.
Une figure centrale des accusations liées au génocide
Félicien Kabuga était considéré par les procureurs internationaux comme l’un des principaux soutiens financiers et logistiques des massacres commis contre les Tutsi et les Hutus modérés au Rwanda entre avril et juillet 1994. En l’espace de cent jours, plus de 800 000 personnes avaient été tuées dans ce qui demeure l’un des pires génocides de la fin du XXe siècle.
Inculpé dès 1997 par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), il était notamment accusé d’avoir financé l’achat de machettes distribuées aux milices Interahamwe, mais aussi d’avoir soutenu l’organisation des violences à travers ses réseaux d’influence.
L’homme d’affaires était également associé à la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM), station devenue tristement célèbre pour ses messages de propagande et ses appels à la haine ethnique durant les massacres. Les enquêteurs estimaient que cette radio avait contribué à encourager et coordonner les tueries.
Une cavale de plus de deux décennies
Après la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais en 1994, Kabuga avait quitté le Rwanda et multiplié les déplacements à travers plusieurs pays africains et européens. Il aurait notamment séjourné en Suisse, en ex-Zaïre et au Kenya, échappant à plusieurs tentatives d’arrestation.
Durant plus de vingt ans, il figurait parmi les fugitifs les plus recherchés au monde. Sa traque a finalement pris fin en mai 2020 lorsqu’il a été arrêté en banlieue parisienne par les autorités françaises. Il vivait alors discrètement sous une fausse identité.
Son interpellation avait été saluée comme une avancée majeure pour la justice internationale et pour les rescapés du génocide des Tutsi.
Un procès interrompu par la maladie
Transféré ensuite à La Haye, Félicien Kabuga avait comparu devant les juges internationaux à partir de septembre 2022. Mais la procédure judiciaire avait rapidement été ralentie par la détérioration de son état de santé.
En juin 2023, les magistrats avaient conclu qu’il souffrait d’une démence sévère qui le rendait inapte à participer de manière significative à son procès. Les audiences avaient alors été suspendues.
Plutôt qu’un abandon pur et simple des poursuites, la juridiction internationale avait décidé de mettre en place une procédure alternative limitée, sans possibilité de condamnation. Aucun pays n’ayant accepté de l’accueillir dans le cadre d’une éventuelle libération conditionnelle, Kabuga était resté détenu au centre de détention des Nations unies jusqu’à sa mort.
Une enquête ouverte après son décès
La présidente du Mécanisme résiduel, la juge Graciela Gatti Santana, a ordonné une enquête approfondie sur les circonstances du décès. Le juge Alphons Orie a été désigné pour conduire cette procédure.
La disparition de Félicien Kabuga met ainsi un terme à l’un des dossiers les plus emblématiques liés au génocide des Tutsi, sans qu’un verdict définitif n’ait pu être rendu après près de trente années de poursuites judiciaires internationales.

