Présentée comme une mesure de prudence, cette mise en retrait vise avant tout à désamorcer les frictions croissantes entre Pretoria et Washington. « L’Afrique du Sud veut éviter tout problème, toute crise avec les États-Unis, et c’est une décision vraiment rationnelle », analyse Koffi Kouakou, maître de conférences à l’École de gouvernance de l’université de Witwatersrand, à Johannesburg, interrogé par RFI.


Une décision annoncée de longue date, dans un climat déjà dégradé

Ce retrait ne surgit pas de nulle part. Les relations entre les deux pays se sont progressivement détériorées ces derniers mois. En novembre 2025, le Président américain Donald Trump avait boycotté le sommet du G20 organisé en Afrique du Sud, reprochant à Pretoria des orientations politiques jugées contraires aux intérêts américains.


Deux mois plus tard, le gouvernement sud-africain annonçait déjà une pause d’un an dans sa participation aux travaux du G20 en 2026. La déclaration faite à Davos ne fait donc qu’entériner une décision mûrie en amont.

Conséquence directe. Le G20 fonctionnera temporairement à 19 membres, un cas de figure rarissime depuis la création de ce forum censé incarner la concertation entre les grandes économies mondiales.


Pretoria face à un climat politique jugé « toxique »


Sans attaquer frontalement Washington, l’Afrique du Sud laisse transparaître son malaise face à un environnement diplomatique devenu, selon plusieurs observateurs, difficilement soutenable sous la présidence américaine actuelle. Pour Koffi Kouakou, le choix sud-africain relève d’une logique politique claire. 


« C’est une décision à la fois cohérente, rationnelle et sage. Le G20, qui a été créé pour amener tous les pays du monde pas seulement ceux que l’on aime ou qui nous ressemblent est en train maintenant d’être détruit par le président Trump. C’est vraiment dommage », estime-t-il, avant d’ajouter : « L’Afrique du Sud veut éviter toute crise avec les États-Unis ». Officiellement qualifié de « temporaire », ce retrait n’en demeure pas moins lourd de conséquences.


Le risque d’un vide diplomatique pour le continent africain

Au-delà de l’Afrique du Sud elle-même, c’est l’ensemble du continent africain qui pourrait pâtir de cette mise en retrait. Pretoria, aux côtés de l’Union africaine, joue un rôle clé dans la représentation des intérêts africains au sein du G20. « C’est un signal très fort et les membres du G20 doivent y réfléchir, prévient Koffi Kouakou.

L’Afrique du Sud et l’Union africaine représentent près d’un milliard quatre cents millions d’habitants. Son retrait va créer un vide pour l’Afrique, un vide de représentation africaine au sein du G20 ». Cette absence intervient à un moment où les enjeux liés au développement, à la dette et au financement climatique restent cruciaux pour le continent.

L’horizon n’est toutefois pas totalement fermé. En 2027, la présidence du G20 doit passer aux mains du Royaume-Uni. Pretoria mise sur un contexte diplomatique plus apaisé pour reprendre pleinement sa place autour de la table des grandes économies mondiales. D’ici là, ce retrait temporaire apparaît comme un choix tactique, révélateur des tensions géopolitiques actuelles, mais aussi des limites du consensus au sein d’un G20 de plus en plus traversé par les fractures politiques internationales.