Au cœur de la controverse, plusieurs enregistrements audio largement diffusés sur les réseaux sociaux. Présentés comme des échanges entre Kemi Seba et son homme de main Agbaza, ils évoquent des actions coordonnées visant à perturber l’ordre public. Dans l’un des extraits, Agbaza décrit un plan précis : « Il serait possible que nous attaquions les grands carrefours qui mènent vers Cotonou (…) brûler au minimum 20 à 25 pneus par carrefour ». Une stratégie à laquelle une voix attribuée à Kemi Seba répond sans ambiguïté : « Dimanche là, il faut que vous mettiez le feu comme jamais. Il faut vraiment le feu ».
D’autres passages suggèrent une volonté d’élargir les actions à l’échelle nationale : « Il va falloir réunir beaucoup de gens pour mener des opérations partout », peut-on entendre dans un autre échange. Plus troublant encore, certains propos évoquent un climat de violence assumée. Son homme de main Agbaza déclare notamment : « On peut avoir des milliers de morts, il n’y a pas de problème (…) il faut tout bousiller ». Si Kemi Seba ne nie pas l’authenticité de ces audios, leur contenu contribue à nourrir de lourds soupçons sur le combat panafricain de l'activiste.
Une défense qui soulève de nouvelles interrogations
Face à la polémique, Kemi Seba est sorti de son silence le lundi 30 mars 2026. Il dénonce une manipulation, évoquant : « des notes vocales décontextualisées (…) assemblées pour donner une sensation ». Il affirme également : « Ils ont mélangé le faux en majorité avec le vrai pour donner la sensation que je souscrivais à une logique de désordre ».
Mais cette ligne de défense laisse place à des zones d’ombre. L’activiste ne nie ni ses échanges avec Agbaza, ni leur relation. Il reconnaît avoir coopéré avec lui. « Des gens comme Agbaza, il y en a des milliers (…) la question est de savoir si nous souscrivons à leurs propos ». Il ajoute encore : « Des gens comme Agbaza ont un profil extrêmement radical (…) mon rôle, c’est de tirer le meilleur ». Autant d’éléments qui, pour plusieurs observateurs, s’apparentent à un aveu de proximité. Une posture qui alimente les commentaires selon lesquels « il n’y a pas de fumée sans feu ».
Agbaza, pièce clé du dossier, et un étau judiciaire qui se resserre
Selon les premières informations, Agbaza serait un acteur de terrain chargé de mettre en œuvre des actions concrètes notamment des actes insurrectionnels contre le régime de Patrice Talon. Dans les audios, Agbaza sollicite directives et validation, évoquant même des échéances précises : « La seconde opération, est-ce que ça vient ? (…) Les élections sont en avril ». En retour, une voix attribuée à Kemi Seba se veut rassurante : « La seconde tentative va arriver (…) au bon moment, au bon timing ». L’arrestation de ce supposé bras opérationnel de Kemi Seba pourrait constituer un tournant majeur pour les enquêteurs.
Pour Kemi Seba, l’étau judiciaire semble se resserrer. Déjà visé par un mandat d’arrêt international pour des faits d'atteinte à la sûreté de l’État, il fait désormais face à des accusations potentiellement plus graves. Les audios, s’ils sont authentifiés, pourraient renforcer considérablement le dossier à charge. D’autant que pour sa propre défense, Kemi Seba reconnait sa proximité avec le nommé Agbaza et ne nie pas clairement les échanges. Ce qui fragilise davantage sa position en tant que militant panafricaniste. Du point de vue judiciaire, la situation de l’activiste apparaît de plus en plus complexe, voire critique.
Une opinion publique largement hostile
Sur les réseaux sociaux, la diffusion des audios a suscité une vague de réactions majoritairement critiques. Beaucoup d’internautes dénoncent des propos jugés dangereux et irresponsables, estimant qu’ils dépassent largement le cadre du militantisme politique.
Certains évoquent une menace réelle pour la stabilité du Bénin, tandis que d’autres, plus prudents, appellent à attendre les conclusions de l’enquête judiciaire.
En attendant une sortie officielle des autorités judiciaires de Cotonou, l’opinion reste marquée par une forte défiance à l’égard de Kemi Seba et de son bras droit Agbaza, soupçonnés désormais de mener des projets de tentative de Coup d'État contre le président Patrice Talon.
