La mesure judiciaire fait suite à plusieurs convocations restées sans suite, adressées à Alassane Tigri dans le cadre du dossier du putsch manqué mené par son frère, le Lieutenant-colonel Pascal Tigri.
C’est autour de 17 h 30 qu’un journaliste de Libre Express a aperçu ce jeudi 29 janvier 2026 l’ex-ministre Alassane Tigri à son arrivée à la CRIET. Cette figure du parti d’opposition Les Démocrates était escortée par deux policiers en civil. Vêtu simplement de pantalon, polo et baskets, Alassane Tigri affichait un visage soucieux, les yeux rouges. Introduit dans la salle d’audience pour être entendu par la juge des libertés et de la détention. L’audience de son audition a démarré un peu après 19 heures 30. L'homme politique est assisté de son avocat.
Alassane Tigri interrogé sur un appel reçu de son frère Pascal Tigri la veille du putsch manqué
Selon les informations de Libre Express, l'ex-ministre Alassane Tigri aurait déclaré devant le juge des libertés et de la détention de la CRIET que son frère le Lieutenant-colonel Pascal Tigri lui a téléphoné la veille (samedi 6 décembre 2025, Ndlr) de la tentative présumée coup d'État pour demander où il était. Alassane Tigri aurait affirmé avoir répondu à son frère Pascal qu'il était à Tanguiéta, leur ville natale située au Nord-ouest du Bénin. Après sa réponse, Alassane Tigri confie que Pascal Tigri a immédiatement raccroché l'appel.
L'ex-ministre affirme devant le juge des libertés et de la détention de la CRIET qu'il n'a pas cherché à savoir pourquoi son frère Pascal Tigri demandait sa possession. Alassane Tigri affirme que c'est à la surprise générale qu'il a va voir à la télévision et sur les réseaux sociaux que son frère a mené une tentative de coup d'État le lendemain, dimanche 7 décembre 2025. Après ses événements, l'ex-ministre a fui pour protéger sa vie.
Le parquet spécial de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a requis son placement en détention préventive dans le cadre du dossier. Dans sa décision, le juge des libertés et de la détention a décerné un mandat de dépôt contre Alassani Tigri. Il sera conduit en prison mais en attendant son dossier est renvoyé devant la Commission d'instruction de la CRIET.
Alassane Tigri a condamné la tentative de putsch mené par son frère
Au lendemain de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, Alassane Tigri avait pris la parole dans une déclaration pour exprimer à la fois sa douleur et sa position politique. « Mes chers compatriotes, notre patrie commune, le Bénin, a connu une tragédie dans la nuit du 7 décembre 2025 qui nous a tous bouleversés. Nul ne doit rester indifférent. Quand ses compatriotes meurent dans un combat, nous sommes tous fratricides car nous sommes tous des Béninois, quel que soit notre bord politique », avait écrit Alassane Tigri.
S’inclinant devant la mémoire des victimes, l’ex-ministre insistait sur la nécessité de préserver l’unité nationale et le vivre-ensemble. Il a également rappelé la position de son parti. « Mon parti, Les Démocrates, s’est prononcé sur le putsch et a clairement exprimé sa position. Nous restons des Républicains profondément attachés à la paix et condamnons toute prise de pouvoir par la force. »
Sur le plan personnel, Alassane Tigri a rejetté fermement toute implication dans ces événements. Il a dénoncé certaines accusations sur les réseaux sociaux qu’il a qualifiées de diffamatoires. « Je condamne vivement ces allégations insidieuses, mensongères et diffamatoires. Elles jettent du discrédit et de l’opprobre sur des personnes innocentes et constituent des faits pénalement répréhensibles en République du Bénin ».
Candide Azannaï et une trentaine de militaires en détention après le 7 décembre
La tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, rapidement déjouée, a entraîné une vaste vague de poursuites judiciaires. À ce jour, au moins 30 militaires ont été interpellés, poursuivis et déposés en prison par la CRIET dans le cadre de cette affaire, pour des faits liés à l’atteinte à la sûreté de l’État et d'intelligence avec une puissance étrangère.
Par ailleurs, le dossier a également touché des figures politiques de premier plan. L’ancien ministre Candide Azannaï a lui aussi été interpellé puis placé sous mandat de dépôt par la CRIET dans le cadre des investigations liées aux événements du 7 décembre 2025. L’affaire est toujours en instruction.
